Jardin de ville à l’italienne

J’ai grandi à la campagne où il était simplement normal de cultiver son jardin. Arrivée à Bruxelles à la fin des années 70 et, ma foi, très naïve à bien des égards, je m’étonnais de ne voir de cultures que le long des voies de chemin de fer. Je n’avais pas encore compris que cette ville, jalouse de son intimité, cache des trésors et des passions vertes à l’intérieur de ses îlots, bien à l’abri des regards curieux.
Il m’aura fallu bien des années et quelques déménagements avant d’avoir enfin la chance d’habiter un appartement avec jardin et de pouvoir découvrir ceux de mes voisins. Un de ceux qui m’a toujours fascinée est celui de mes voisins italiens qui, même de loin, étonne par sa profusion. Devoir écrire un article pour ma formation de maître maraîchère a donc été l’occasion idéale pour découvrir ce temple végétal.

Le jardin se situe donc en intérieur d’îlot et n’est a priori pas très bien situé: un haut mur d’une arrière maison lui gâche le soleil d’une grande partie de l’après-midi et en début de soirée. Il reçoit ses rayons en matinée et jusque 14h. Mais je pense que le mur aveugle chauffé doit être malgré tout pour quelque chose dans la possibilité de cultures pour le moins méditerranéennes.

Il n’est pas bien grand: environ 5,5m sur 6 ou 7 (les murs mitoyens ne sont pas d’équerre) et pas mal en contrebas de leur appartement et de leur terrasse où foisonnent aromatiques (menthe, thym, basilic, origan, sauge, etc.) et plantes d’agrément.

La visite démarra avec l’explication de la récupération d’eau. Ayant la change d’avoir pu conserver la citerne d’origine (les maisons de ma rue sont de la toute fin XIXème ou du tout début du XXème), ils ont dévié les descentes des corniches vers celle-ci. Une pompe électrifiée leur permet d’en puiser l’eau. Entre les rangs de légumes, des rigoles à même la terre aident à arroser au plus près des racines.

Un des soucis qu’ils ont rencontré ces deux dernières années est la prolifération des limaces. Elle s’attaquent même aux jeunes plants de fèves. Lassés de leurs échecs à protéger leurs plantes avec des coquilles d’œufs, du marc de café ou d’attirer ailleurs les gluants prédateurs avec de la bière, ils ont opté à regrets pour les fameux granulés bleus.

Ma voisine ne cesse de s’excuser d’avoir « mis aussi peu » cette année, arguant de leurs 80 ans passés. On aimerait pourtant voir tous les jardins alentour délaissés ressembler à celui-ci! Outre les fèves, on trouve deux variétés de tomates, deux de haricots, des poivrons (qui ont du mal à cause du manque de lumière), des laitues, de la roquette perpétuelle et annuelle, des petits pois, et des potirons.

Question fruitiers et petits arbres, le jardin n’est pas en reste: figuier, mûrier, framboisier, pommier, poirier, olivier, laurier et, bien sûr, une vigne qui s’accroche au mur mitoyen.

Ma voisine m’a dit ne rien mettre pour amender, mais j’avoue m’être demandé si elle ne voulait simplement pas garder quelques-uns des secrets de son petit paradis!

Annie Pilloy