Lancer un projet de potager collectif … Mais comment ? Et pourquoi ?

Lancer un projet de potager collectif …  Mais comment ? Et pourquoi ?

 

Coralie habite une petite maison située dans un quartier dans lequel elle se sent bien et où il fait bon vivre. Cependant, depuis quelques temps, elle sent qu’elle est à la recherche de « quelque chose » qui lui manque ou qu’elle aimerait développer autour de sa maison et de sa rue.

Rien n’est encore clair, mais plusieurs idées s’entremêlent : envie d’échanges entre voisins, besoin de cohésion sociale, besoin de mêler les générations, besoin de s’oxygéner, envie d’apprendre, de partager, besoin d’un retour à la terre et aux choses essentielles, envie d’une activité manuelle, envie de construire quelque chose avec d’autres.

Difficile de mettre des mots dessus et de savoir exactement quoi, mais l’idée est là, et il y a une envie, un besoin, une volonté.

Petit à petit, au cours de discussions avec quelques voisins, l’idée a commencer à germer et à prendre forme : « Et si nous lancions un projet de potager collectif dans le quartier !? »

« Quelle idée bizarre ! » dirent les uns. « Mais pourquoi faire ? » dirent les autres.

Toujours est-il que l’idée était lancée !

… et il n’a pas fallu attendre longtemps pour que le projet prenne corps de manière concrète.

Coralie nous partage ici son point de vue par rapport à ce magnifique projet d’échange et de partage, tourné à la fois vers la nature et vers l’humain.

 

Commençons par le début : comment avez-vous fait pour trouver un terrain ? Ce n’est pas facile, surtout en région urbaine, et cela peut en décourager certains avant même d’aller plus loin.

Coralie : En effet, ce n’est pas toujours simple à trouver. Dans notre cas, nous avons parlé de notre projet à plusieurs voisins et le bouche-à-oreille à fait le reste. Assez rapidement, un riverain a été séduit et convaincu par l’idée et a du coup accepté de mettre à disposition gratuitement une petite parcelle de son terrain, ce qui nous a permis de démarrer notre projet. Nous avons eu une belle opportunité, c’est vrai, mais d’autres possibilités existent. Par exemple, il ne faut pas avoir peur d’adresser ce genre de demande directement à l’administration communale qui pourra soit vous rediriger vers une autre piste de solution potentielle soit carrément mettre à disposition un espace exploitable sur le territoire communal, pour autant bien sûr que le projet tienne la route et soit géré de manière sérieuse. Il est aussi parfois possible de lancer des cultures en bacs si l’espace au sol est difficilement accessible et ceci peut se faire quasiment partout ; ce genre d’option en ville peut souvent s’avérer être une bonne alternative à la culture en pleine terre.

 

Comment les autres partenaires potagistes vous ont-ils rejoint ?

Coralie : Au départ nous étions 2 ou 3 voisins, puis d’autres nous ont rejoint petit à petit. Nous avons tenu un stand lors d’une festivité locale où nous présentions notre projet ; l’idée était de recueillir des avis et des idées. Cette expérience était très riche au niveau des partages avec de nombreux habitants de la commune et certains ont décidé spontanément de nous rejoindre. Il y a aussi un petit sentier de promenade qui longe le potager et il est fréquent que des promeneurs s’arrêtent pour discuter avec nous lorsque nous y travaillons ; le bouche à oreille a donc fait le reste. Actuellement nous sommes une dizaine.

 

Comment s’organise le groupe pour les différents travaux à effectuer tout au long de l’année ?

Coralie : Une volonté de base était de laisser à chacun  la possibilité de s’investir librement en fonction de ses propres capacités et possibilités. Très vite et de manière tout à fait naturelle, certaines personnes ont occupé des rôles-clefs. Comme dans tout groupement humain il y a des guides, des suiveurs, des aides, des organisateurs, des explorateurs, etc… Nous avons donc un peu de tout ceci dans notre petit groupe. Lorsque le potager nécessite plus d’attention, les travaux sont organisés via un calendrier partagé (ex : pour les arrosages en été) et nous communiquons beaucoup via un groupe whatsapp.

 

J’imagine que vous aviez déjà des connaissances de base en agriculture potagère ?

Coralie : Pas du tout ! Je pars de zéro, et c’est le cas de la plupart des autres membres du groupe. Par contre, nous avons la chance d’avoir quelques personnes dans notre entourage qui possèdent des connaissances et qui nous aident régulièrement de diverses manières ; principalement avec des conseils, mais aussi en partageant des semis, en prêtant des outils, ou encore en organisant de petits ateliers. Ce genre d’échanges répond tout à fait aux demandes initiales du projet : plaisir d’apprendre, découvrir, partager, collaborer, … Une fois encore, il ne faut pas se décourager si on ne maîtrise pas les connaissances de base car il existe de nombreux moyens de les acquérir ou de se faire aider ; entre autres via internet bien sûr, via des livres ou de la documentation, ou même en faisant appel à un réseau comme celui des Maîtres Maraîchers où il est possible de rencontrer des personnes qui habitent non-loin de chez nous et qui sont disposées à venir aider et conseiller. Ce genre d’échange est évidemment toujours très bénéfique.

 

Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?

Coralie : Oui, bien sûr, comme dans n’importe quel projet de ce type. Jusqu’à présent nous avons principalement rencontré trois types de difficultés. La première est liée à la météo et aux conditions climatiques. On ne sait rien y faire, il faut juste essayer de s’y adapter au mieux en mettant certains systèmes en place. La seconde difficulté est liée aux nuisibles (limaces, pucerons, mildiou, …). Nous utilisons beaucoup de traitements préventifs (bio et faits maison) ; l’impact n’est pas évité, mais tout de même fort diminué. La troisième difficulté concerne l’organisation des travaux qui n’est pas toujours simple à gérer, en fonction des possibilités des uns et des autres, surtout lors des périodes qui demandent plus d’attention et un entretien régulier.

 

Outre les produits du potager, qu’est-ce que vous en retirez ?

Coralie : Évidemment il est agréable de récolter les légumes produits dans le potager, plutôt que de les acheter dans un magasin, cependant l’idée de base ici n’est pas du tout la rentabilité ou la production intensive. Tout le monde s’est engagé dans le projet dans un même esprit, mais au cours des discussions l’on se rend rapidement compte que chacun vient y chercher quelque chose de différent malgré que ce soient les mêmes mots et valeurs qui les définissent. Ce n’est pas mon cas, mais certaines personnes du groupe voient le potager comme une sorte de laboratoire d’expériences où l’on a la possibilité de tester, rater, retester, réussir, et ainsi de suite. Cette approche est également intéressante. D’autres y voient davantage le côté social et mettent la priorité sur les échanges humains qui s’y déroulent. D’autres encore sont intéressés par les apprentissages, les échanges, l’évolution et la gestion d’un projet. La plupart recherchent le plaisir de renouer un lien privilégié avec la terre via le travail manuel au fil des saisons. Mais tous partagent le même point de vue sur l’aspect sociabilisant de cette activité. La transmission de valeurs aux plus jeunes est aussi un élément important. Rien n’est comparable à la magie que l’on peut percevoir dans les yeux des enfants lorsqu’ils cuisinent puis consomment un plat préparé avec les légumes qu’ils ont eux-mêmes fait germer et cultivés !

 

Un petit mot pour tous ceux qui ont envie de se lancer mais qui hésitent ?

Coralie : Demandez-vous ce que vous désirez vraiment, parlez-en autour de vous, organisez votre projet, surtout n’hésitez pas à demander aide et conseils, et enfin : foncez !

 

Alors, intéressé(e)s de vous lancer, vous aussi, dans l’aventure ?

 

N’hésitez pas à consulter l’article suivant :  ’10 réflexions pour faire marcher un potager collectif’ 

… et également la page de B.E. sur comment trouver un accès à la terre